Histoire d'agriculture urbaine: Contrer la hausse de prix des aliments avec Les fermes In.Genius

by Dominique Bernier,

En 2011, Khaled a eu l’idée de construire une ferme verticale dans sa cour arrière. Il a effectué des tests et rapidement réalisé tout le potentiel économique de son idée. En 2015-2016, il gagnait déjà sa vie en cultivant une variété de produits sur une surface d’à peine 111 m2 (1 200 pieds carrés).

J’ai remarqué le travail de Khaled sur son compte Instagram The Plant Charmer au cours de l’été 2016. À cette époque, ses rendements me semblaient trop bons pour être vrais.

Curieux de savoir si c’était bien réel, ma conjointe et moi avons décidé de lui rendre visite à Montréal. Nous avons vite compris que ses réalisations étaient exactement telles que décrites. Nous avons même pensé qu’il ne s’en était peut-être pas assez vanté.

Depuis, Khaled a transféré ses opérations sur un terrain de 3437 m2 (37 000 pieds carrés) et a connu une croissance de 600% de ses revenus au cours des trois dernières années. Le tout, en offrant des prix parmi les plus bas pour des produits locaux cultivés sans herbicide ni pesticide.

Voici l’histoire des Fermes In.Genius, un projet d’agriculture urbaine verticale qui a débuté dans une coure arrière et qui s’est transformé en une entreprise sérieuse qui a de grandes ambitions.

Voici comment le tout a commencé

Khaled, fondateur des Fermes In.Genius, a fait des études en affaires internationales. Ses expériences professionnelles ont été dans des domaines différents de l’agriculture.

Il a notamment été consultant pour SocialEyez, une agence de consultants pour médias sociaux basée à Dubaï. Il a également travaillé dans le secteur de l’hôtellerie au prestigieux Fairmont Reine Elizabeth, à Montréal.

En 2011, alors qu’il éprouvait un manque d’intérêt au travail, Khaled voulait essayer quelque chose de différent, de nouveau.

«J’ai toujours aimé l’horticulture et les plantes», a-t-il déclaré. «J’ai aussi remarqué les inquiétudes des gens concernant l’augmentation des prix des denrées alimentaires, ainsi qu’une demande croissante pour les produits locaux», a-t-il ajouté. Il a donc décidé de tester une idée: faire pousser des aliments verticalement de la manière la plus efficace et productive.

Après 3 années d’expérimentation dans sa cour arrière, Khaled a constaté la viabilité financière de son projet. De plus, son compte Instagram a suscité une attention significative envers son projet, ce qui lui a permis de promouvoir davantage son travail et ses idées.

«L’agriculture conventionnelle est limitée. Vous pouvez essayer de l’améliorer encore et encore, mais cela restera toujours limité.» - Khaled

Selon Khaled, il existe une résistance aux changements dans le monde de l’agriculture. “La plupart du temps, les agriculteurs essaient simplement d’améliorer ce qu’ils savent, au lieu d’essayer quelque chose de nouveau”, a-t-il déclaré.

En utilisant les réseaux sociaux pour promouvoir ses nouvelles façons de faire et les résultats de ses expériences, il a montré aux gens que des changements sont possibles. Ainsi, il a rassemblé des personnes de divers horizons, ouvertes à voir et faire les choses différemment.

Katie, la conjointe de Khaled, s’est jointe au projet. En voyant jour après jour la quantité de nourriture produite par pied carré dans leur jardin, l’idée est devenue très séduisante. Elle y a vu l’occasion de faire une différence.

Katie et Khaled alt

Connue sous le nom de The Tea Charmer sur Instagram, Katie bénéficie également d’un public considérable pour partager et diffuser ses idées.

«Monsieur et madame Tout-le-Monde ne peuvent pas toujours se permettre un melon bio à 8,00$. La nourriture de qualité devrait être accessible et abordable pour tout le monde, et je veux que cela se produise.» - Katie

Impliquée depuis le début, le nouveau rôle de Katie sera de se concentrer sur la transformation des aliments.

Avec l’augmentation de la production et du volume des récoltes, le potentiel de gaspillage alimentaire augmente également. La nouvelle responsabilité de Katie sera d’atténuer cela pour le maintenir au minimum. Tous les produits cultivés, mais non vendus seront transformés en confitures, pesto, chutneys, cornichons, ou autres.

Katie sera également chargée de résoudre les problèmes d’emballages. Ils ont déjà été résolus en partie avec le concept d’autocueillette en y ajoutant le concept apportez vos emballages.

«Il s’avère que la tendance est à l’élimination des emballages, et nos clients s’engageaient déjà eux-mêmes dans cette voie», souligne-t-elle. “Nous devons seulement continuer à leur fournir des solutions pratiques et durables qui leur laissent plus d’argent dans leurs poches,» a-t-elle ajouté.

Le concept d’affaires

Le concept commercial est plutôt simple: faire pousser des aliments de qualité verticalement pour optimiser les rendements et les revenus par mètre carré. Cependant, il est compliqué de rendre les choses simples.

Comme un logiciel, le système de Khaled résout un problème (contrer la hausse des prix des denrées alimentaires) grâce à une expérience simplifiée, conviviale et sans friction (cultiver des aliments verticalement de façon efficace et sans tracas) offrant le meilleur rapport qualité-prix (augmentation des revenus tout en réduisant les coûts de production).

Son objectif est clair: fournir aux gens des produits locaux, cultivés sans produit chimique ni pesticide, à un prix compétitif, sans compromettre la qualité, la variété et la rentabilité.

Le système de Khaled facilite la plupart des tâches ardues de l’agriculture et élimine un maximum de frictions, de la croissance à la commercialisation.

Pour ce faire, il a dû s’attaquer aux problèmes clés suivants:

  • Générer un retour élevé sur l’investissement
  • Atténuer les coûts de main-d’œuvre et la pénurie de main-d’œuvre
  • Obtenir les bons intrants agricoles
  • Minimiser les pertes (gaspillage alimentaire)
  • Opérer des récoltes de façons rapides et opportunes

Son système comprend des unités de production verticales. Chaque unité fait 1.2m par 3m (4’ par 10’) et consiste d’un cadre en bois en forme de A, avec supports pour 5 rangées de gouttières de chaque côté. Sa ferme compte plus de 350 unités.

Le cadre en A peut sembler être une solution Low-Tech comparée à ce qui est utilisé dans les fermes verticales intérieures telles que AeroFarms dans le New Jersey ou dans les serres sur les toits telles que Les fermes Lufa à Montréal.

Néanmoins, Khaled explique que le cadre en A est une structure à faible coût qui nécessite peu d’entretien et procure un retour sur l’investissement incroyable. Il ajoute en affirmant: “c’est un moyen de générer des profits dès le début”.

«Un cadre en A coûte environ 100 dollars en matériel, prend moins de 20 minutes à assembler et peut produire jusqu’à 6 récoltes de 200 têtes de laitue par saison, en utilisant que 3.7m2 de superficie (40 pi2). Même vendu à un prix modique de 0,75$ la laitue, cette structure générera environ 900$ de revenus dès sa première année.» - Khaled

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Par conséquent, alors que d’autres dépensent des millions de dollars sur des technologies coûteuses qui ne peuvent être soutenues que par la vente de produits à prix élevé, Khaled génère à la fois de la croissance et des profits, tout en vendant à bas prix.

De plus, la croissance de son entreprise ne montre aucun signe de ralentissement. Dès cette année, Khaled prévoit réinvestir 10% de ses revenus dans la recherche et le développement pour rester à l’avant-garde dans son domaine.

Pour maintenir la croissance, il est indispensable de maîtriser les coûts opérationnels. En utilisant des gouttières pour faire pousser de la nourriture, il a résolu le problème des mauvaises herbes, puisque dans cet espace restreint, elles n’ont aucune marge de manœuvre pour concurrencer les cultures. Cela implique une réduction considérable de la charge de travail, ainsi que la nécessité de tout herbicide.

Comme intrants, Khaled utilise un mélange de sols et d’engrais biologique conçu pour répondre aux besoins de chaque culture. Toutes les unités sont connectées à un système d’arrosage semi-automatique, ne laissant que l’inspection visuelle comme tâche principale pendant la période de croissance. alt

«En cultivant de la sorte, non seulement vous êtes plus efficace au mètre carré, mais le gaspillage alimentaire est presque nul.» - Khaled

Pour réduire davantage les coûts de main-d’œuvre et éviter une pénurie de main-d’œuvre, il mobilise certains de ses adeptes sur les réseaux sociaux pour planter des semis. En échange de 4 heures de travail, les volontaires reçoivent chacun un bon cadeau de 65 $ qu’ils peuvent utiliser à la ferme pour acheter les produits de leur choix, à tout moment de la saison, sans aucune restriction. Voir l’exemple ci-dessous (disponible en anglais seulement). alt

Khaled a indiqué que non seulement le travail était fait plus rapidement et mieux que s’il avait embauché du personnel, mais que chaque participant avait le potentiel d’amener jusqu’à 25 nouveaux clients.

Le même concept s’applique à la récolte. Khaled crée des événements d’autocueillette. Les cadres en A deviennent des murs verts remplis de produits frais et ressemblent à des allées d’épicerie à ciel ouvert. Pas besoin de s’agenouiller, de se plier ou de se salir. Il vous suffit de parcourir les allées et de sélectionner le produit que vous souhaitez. «Les événements d’autocueillette ont pour objectif d’être conviviale, autant qu’un barbecue familial», a expliqué Khaled.

«Avec nos prix, le bonheur des clients n’a pas de prix. C’est comme s’ils croyaient soudainement qu’un soulagement exist pour leur portefeuille ». - Khaled

La stratégie d’établissements des prix

Les Fermes In.Genius ont prévu un coup de marketing cet été avec des fraises à 1$ la livre, ainsi que trois têtes de laitue pour 1$.

Khaled souhaite gagner la confiance et la fidélité des clients en supprimant les obstacles qui les séparent de l’accès aux produits locaux de qualité.

Sa stratégie de prix consiste à le rendre indélogeable dans ce domaine. Il est capable de maintenir une marge de 30% sur la plupart de ses produits, même en vendant une laitue à 0,75 $.

Bien qu’il pourrait facturer la valeur marchande pour obtenir une marge plus élevée, Khaled a expliqué que «si vous réalisez trop de bénéfices, les concurrents seront tentés d’entrer dans votre marché.”

«Lorsque vous maîtrisez vos opérations et vos coûts de productions, vous pouvez proposer des prix plus bas pour un minimum de profits», a-t-il déclaré. “Ainsi, la barrière à l’entrée devient trop abrupte pour les concurrents potentiels et il est moins tentant pour eux d’essayer votre marché, ce qui vous laisse tout l’espace pour croitre”, a-t-il ajouté.

Alors que certains consacrent des efforts et du financement à justifier leurs prix élevés ou à informer les gens sur le bien-fondé de payer des prix élevés pour soutenir les aliments biologiques locaux, Khaled a choisi de se concentrer sur les besoins des clients. Il comprend que les gens recherchent la qualité et l’accessibilité à bons prix. alt

Son modèle d’entreprise lui fournit l’effet de levier idéal pour répondre à ces besoins. Il s’agit d’un système à faible coût, qui nécessite peu de main-d’œuvre, qui prend peu de temps, qui gaspille moins de nourriture, en plus d’être productif et rentable.

Pour démontrer le potentiel réel de son système, il a choisi les fraises.

«La fraise est un symbole. C’est l’une des cultures les plus difficiles à cultiver sans pesticide ni fongicide, ainsi qu’un produit considéré coûteux pour une frange de la population. En le rendant accessible à 1 dollar la livre cet été, non seulement nous prouverons notre potentiel et fidéliserons la clientèle, mais nous pourrions aussi générer du bonheur pur et simple.” - Khaled

Le pouvoir des médias sociaux

Sur les médias sociaux, Khaled fonctionne par rafales. Il publie uniquement lorsque c’est pertinent ou que quelque chose mérite d’être partagé.

Khaled utilise principalement Instagram pour atteindre un public général et démontrer le potentiel de sa solution.

“Si vous voulez être remarqué, vous devez être remarquable!” - Khaled

Instagram lui fournit la visibilité parfaite pour promouvoir son modèle, afficher ses rendements et communiquer à grande échelle sa vision de l’avenir de l’alimentation. alt

Avec Facebook, Khaled adopte une approche différente. Pour lui, c’est l’outil idéal pour cibler un public local susceptible de convertir en ventes.

Récemment, Khaled a décidé d’ajouter In.Genius Farms sur la plateforme RakeAround pour offrir à ses clients une option de commerce électronique. Cette collaboration a débuté par une vente de plants et semis lors du festival d’agriculture urbaine Cultivons le Plateau 2019, qui a eu lieu à Montréal en mai 2019.

Il est possible que la collaboration entre In.Genius Farms et RakeAround se poursuive dans un avenir proche, car RakeAround développe un nouveau logiciel destiné aux entreprises d’agriculture urbaine à volume élevé.

Variétés et rendements des cultures, toutes verticales

Au-delà des laitues, les fermes In.Genius cultivent plus d’une douzaine de variétés de légumes, d’herbes et de baies.

«Les laitues sont utiles pour harmoniser le taux de profit, mais la variété et le volume sont essentiels pour attirer er retenir la clientèle.» - Khaled alt

Voici une liste non exhaustive des produits disponibles chez Les fermes In.Genius pour l’été 2019:

  • Fraises (18 000 plants produisant chacun 0.45 kg ou 1 lb de fraises)
  • Variété de laitues (2 500 têtes récoltées tous les semaines, pendant 18-19 semaines par saison)
  • Mini aubergines (400 plants produisant chacun 1,1 kg ou 2,5 lbs de mini aubergines)
  • Poivrons (1 000 plants produisant chacun 1,1 kg ou 2,5 lbs de poivrons)
  • Tomates (1000 plants produisant chacun 5.4 kg ou 12 lbs de tomates)
  • Bette à carde
  • Herbes (basilic, persil, coriandre, ciboulette, aneth)
  • Radis
  • Betterave
  • Haricots
  • Pois sucrés
  • Concombres (400 plants produisant chacun 1.8 kg ou 4 lbs de concombres)
  • Mini melon (150 plants produisant chacun 4.5 kg ou 10 lbs de melons)
  • Oignons rouges
  • Ail (9 000 têtes)

Certifications requises?

Notez que les certifications peuvent varier selon votre lieu de résidence. Les fermes In.Genius sont situées à Laval, au Québec.

Au Québec, lorsque vous cultivez des aliments et que vous vendez plus de 5 000 $, vous devez vous inscrire auprès de l’UPA (l’Union des producteurs agricoles du Québec).

Un permis de production de fruits et légumes émis par le MAPAQ (ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec) est également requis.

Bien que Khaled cultive des aliments sans produit chimique ni pesticide, en utilisant que de la terre et engrais certifiés biologiques, il ne détient pas de certification biologique.

Pour lui, l’appellation bio est un dogme. Il présente des limites et constitue plus un obstacle qu’une solution pour un meilleur accès à des aliments locaux frais et sains. Il pense qu’une certification biologique n’apporterait pas de valeur ajoutée à ses clients. “Tout est une question de rapport qualité-prix”, a-t-il expliqué. “Celui qui va gagner, c’est toujours celui qui répond à cette exigence, label biologique ou non”, a-t-il précisé.

Prochaine étape pour Les fermes In.Genius: expansion ou franchise?

Khaled est convaincu que le marché des aliments locaux et sans produit chimique se développerait drastiquement s’il seraient offerts à des prix abordables.

L’intensité du travail étant supprimée de l’équation, l’utilisation d’un modèle comme celui des Fermes In.Genius pourrait aider. «La plupart des tâches sont organisées en blocs de 3 heures», a-t-il expliqué. Avec l’aide de 2 stagiaires, Khaled a admis que lui et Katie n’ont pas à travailler plus de 4 heures par jour en moyenne.

Il estime que l’on pourrait exploiter la ferme seul en travaillant 10 heures par jour, 7 jours par semaine pendant toute la saison (soit 6 mois par année dans la région de Montréal). Les revenus pourraient aller de 200 000 à plus de 300 000 dollars.

«Nous travaillons à élargir notre rayon d’influence soit avec des fermes affiliées ou en franchisant notre modèle. D’une façon ou d’une, nous nous répandrons comme des pissenlits.» - Khaled

La prochaine étape consisterait à normaliser tous les aspects de son entreprise et à mettre en place des procédures opérationnelles standardisées afin de fournir une opportunité de franchise rentable clé-en-main et à démarrage rapide.

«Nous sommes ici pour prouver que nous pouvons construire une entreprise imposante et durable tout en époustouflant nos clients avec des aliments de qualité à des prix auxquels ils n’auraient jamais pensé être possibles. Il est temps d’élever les standards.» - Khaled

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About the author
Dominique Bernier

Dominique is the co-founder of RakeAround. For him, demographic trends, the democratization of technology and the personalization of food will shape food systems of the 21st century.